Dossier Street Art

Dossier Street Art

Grand amateur d’art urbain, voici un article dédié à l’histoire du Street Art et sa pratique dans le monde.

Un art qui est pratiqué depuis des années, mais qui semble encore obscur pour certains. Il s’agit d’une forme d’expression artistique qui mérite vraiment d’être étudiée du point de vue du concept et de la qualité des œuvres produites.

histoire du street art

Quelles-sont les origines du Street Art (ou Art Urbain)

Le phénomène apparaît un peu avant les années 70 en Pennsylvanie (Philadelphie). Les premiers graffeurs apparaissent en plaçant leur pseudo associé au numéro de leur rue partout sur les murs et les métros de la ville comme un signe d’existence, de reconnaissance. Très vite, le concept de Street Art prend son essor et attire l’attention des collectivités et de la presse locale.

Parallèlement à cela, à New York, quelques artistes émergent comme des pionniers tels que Tracy 168, Stay High 149, et Taki 183. C’est ce dernier artiste qui contribuera à dynamiser cet art en se voyant consacrer en 1971 un article dans le New York Times intitulé  » Taki 183 lance une nouvelle tendance « .

Cet article a déclenché une énorme vague de graffeurs qui ont voulu imiter le désormais célèbre Taki 183. Nous sommes également arrivés à l’époque du Hip-Hop où il était de coutume de révéler les (tristes) « vérités » du fonctionnement de la société à travers différents moyens d’expression : styles vestimentaires, sports, breakdance, graffiti, etc.

Par conséquent, les graffitis ne sont plus seulement réalisés individuellement, mais aussi en groupe afin de rendre les choses plus grandes pour plus d’impact. New York se remplit de plus en plus de graffitis et de « crew » pour toujours plus de compétition. A cette époque, le street art évolue pour offrir d’autres formes de rendu que la seule signature, avec notamment des personnages, la mise en scène de dénonciations…

Dans le même temps, des sociologues et des intellectuels commencent à s’intéresser à cette nouvelle forme d’expression : le street art. D’un côté, il y a la curiosité pour cette forme d’art, mais de l’autre, il y a la désapprobation des graffitis. Comme toute forme d’art à ses début elle est clivante et de nombreuses voix s’élève contre une pratique chaotique.

Le graffiti aurait pu mourir du fait des contestations entrainant le street art avec lui. La répression a en effet été impitoyable (réglementation de la vente de peinture en bombe, responsabilité parentale, amendes, travaux d’intérêt général, etc.). Pourtant, c’est bien cette guerre contre les graffitis qui lui donnèrent paradoxalement beaucoup d’importance permettant dorénavant à certains artistes de laisser tomber la rue pour exposer dans leur propre galerie !

En Europe c’est pratiquement la même histoire qui se répète lorsque le mouvement débarque au début des années 1980.

Il se développe avant tout en Allemagne, notamment autour du mur de Berlin, qui se couvre d’affiches et de graffitis. Puis c’est progressivement le Royaume-Uni, l’Espagne et la France qui commencent à être touchée par l’essor de cette pratique.

Les différentes techniques dans le monde du street art

Parlons maintenant des différents moyens et outils utilisés dans cet art contemporain, qui a évolué au fil du temps.

Le graffiti

Le mot italien graffiti est dérivé du latin graphium (rayer) qui provient du grec graphein (γράφειν), qui signifie écrire, dessiner ou peindre. Il est amusant d’observer que cette méthode d’expression remonte à des milliers d’années.

exemple de graffiti

Le graffiti est connu sous plusieurs catégories :

Le tag : Il ressemble généralement à la signature d’un artiste ou au logo d’une marque. Il est généralement réalisé en une seule couleur, avec une taille réduite, et généralement rapidement avec un aérosol, un pinceau ou un marqueur.

Le throw up ou « flop » : une forme de graffiti qui est un intermédiaire entre les tags et les graffitis. Tout comme les tags sont composés de mots tirés du nom du graffeur, le tag est composé de lettres, mais avec plus de travail qu’un simple tag avec plus de volume et une taille plus petite. Souvent réalisé en bichromie et avec quelques ombres, il reste « simple ».

Le graff, le masterpiece, la pièce ou encore la fresque : représente un ensemble de lettres (souvent le nom du graffeur de nouveau) mais cette fois-ci sa composition est très complexe et sophistiquée avec des lettres parfois totalement décomposées et réinventées. C’est en effet la méthode qui allie formes et couleurs auxquelles on ajoute des ombrages permettant de faire ressortir le graff. On observe aussi des personnages remplaçant des fois une lettre, décors, flèches, commentaires, tags, etc.

Dans le monde du Street Art, comme dans la plupart des catégories de graffiti, on remarque souvent que ce qui est peint est presque toujours le nom ou plutôt la signature du graffiteur. Pour rappel, la raison principale en est qu’il cherche à sortir de l’anonymat en devenant une personnalité reconnaissable. Souvent, la brièveté du pseudonyme n’est pas innocente : elle permet une reconnaissance rapide.

Les autocollants ou la technique du sticker

Les stickers, graffiti papier ou encore le Stick Art est en fait un autocollant qui a le vent en poupe ces dernières années. Il doit son succès notamment à sa simplicité et à la facilité de pose Il s’agit certainement de la forme d’art urbain la plus accessible qu’il soit. Une fois les autocollants réaliser ou peu les poser où on veut sans pour autant prendre trop de risque.

stickers street art
via graffeur-paris.com

De nombreux artistes du Street Art, en plus de leur activité principale, s’en servent pour poser leur tag ou graff beaucoup plus facilement et l’utilisent comme un moyen différent de communiquer avec l’espace urbain. Il peut aussi servir de « carte de visite » aux street-artistes. Son prix relativement bas montre également son succès grandissant.

La technique du pochoir

Cette forme d’expression apparaît plus ou moins au début des années 80 à une période ou les murs de Paris sont saturés de graffitis. Des artistes français tels que Blek le Rat ou Miss Tic ont commencé à utiliser le pochoir pour se différencier et imposer une nouvelle manière de faire du street art.

pochoir street art par banksy

Cette technique assez simple consistant à découper dans un matériau rigide comme du carton, du plastique, du bois, du métal, etc est aussi appelé le Stencils. L’artiste dessine ou décalque le motif provenant d’une image, d’une photographie, il découpe ensuite les formes, il ne lui restera plus qu’à utiliser une bombe de peinture pour transférer le visuel sur le mur désiré.

La partie découpée et le contour de la partie découpée peuvent aussi être utilisés afin d’obtenir deux effets distincts. Même si la pose dans la rue est rapide (ce qui permet de faire une œuvre tout en diminuant le risque de se faire prendre par les forces de l’ordre), la préparation est longue et minutieuse. Les pochoiristes utilisent l’aérosol ou la bombe pour la mise en couleur, car c’est le moyen le plus rapide. Cependant, il peut aussi arriver qu’ils emploient le pinceau, l’éponge ou le stylo.

Le pochoir nécessite moins d’expérience que le graffiti et est donc plus accessible puisqu’il permet de réaliser de belles compositions sans savoir forcément dessiner.

L’affiche

Il s’agit de la variante grand format du sticker. Technique à l’origine dévolue à la publicité et à la propagande, les acteurs du Street Art se sont appropriés ce medium déjà bien ancré la tradition populaire. Reconnue comme un art dès le XIXe siècle grâce à des artistes peintres comme Chéret, Bonnard ou encore Toulouse-Lautrec.

affiche street art

Préparer au préalable sa pose se révèle plus compliquée que celle du sticker mais tout de même rapide car la plupart du temps il faut deux personnes pour pouvoir la coller à cause du seau de colle à transporter et du pinceau. Par contre l’impact visuel dû à sa taille est incomparable à celui du sticker. L’intérêt de l’affiche est qu’on peut la travailler comme on travaillerait un tableau. Ce moyen d’expression du Street Art est finalement un intermédiaire entre ce qui est illégal, comme le tag ou le graffiti c’est-à-dire quelque chose d’éphémère et en même temps d’aborder le format du tableau et de faire quelque chose de peut-être plus parfait.

Pour certains artistes c’est même un moyen de remplacer d’une certaine manière le pochoir ou le graffiti ou plutôt de les rendre plus facile : ils réalisent leur pochoir ou graffiti sur une affiche qu’ils colleront par la suite. C’est le cas des Frères Ripoulin, un collectif d’artistes parisiens des années 80, mais aussi d’Atlas, un artiste adepte de l’affiche apparu au début des années 2000 qui est un exemple de la nouvelle génération des artistes de rue français.

La peinture murale

Une peinture ou fresque murale est souvent associée au graffiti. Le graff est défini comme une “Fresque murale, plus élaborée que le tag”. Comme le graffiti, la peinture murale est une illustration sur un mur. Elle représente des éléments réalistes et fictifs, le plus souvent réalisés à la bombe, mais aussi, à la peinture acrylique ou au marqueur. Peuvent figurer des individus anonymes ou célèbres, des animaux, des personnages issus de la pop-culture ou de l’imagination, des éléments urbains ou naturels…  

Miss Van peint à l’acrylique sur des murs, des poupées aux yeux mi-clos avec des silhouettes et des émotions différentes dans les années 90. Cette artiste a initié le mouvement féminin dans le Street Art et a su marquer l’imaginaire avec ses créatures qui éveillent les fantasmes. L’artiste Blu est rendu célèbre pour sa vidéo “Muto” qui signifie “Muet”, un court-métrage composé d’une succession rapide d’images de ses peintures murales juxtaposées aboutissant à une animation. Dans cette vidéo, des formes et des créatures, beaucoup s’approchant de l’être humain évoluent, s’entremêlent et fusionnent.

miss van fresque murale

Comme les graffitis, les peintres sont anonymes ou s’abritent sous un pseudonyme.

Le Yarn Bombing

Aussi appelé knit graffiti, le Yarn Bombing est une forme d’art urbain ou de graffiti qui utilise le tricot ou les fils colorés : enroulements, tissages, tapisserie, accrochages.

Le yarn bombing investit la ville en utilisant et en recouvrant la rue de tricot. Les éléments urbains : bancs, escaliers, ponts, sculptures, mais aussi, des éléments naturels comme les troncs d’arbre sont utilisés. L’un des objectifs est d’habiller les lieux publics impersonnels, de les humaniser afin de susciter la réaction des passants. Comme le Street-art, le spectateur n’a qu’à le remarquer pour y être intégré. 

Cette nouvelle forme de street art est arrivée en 2005 avec l’idée de Magda Sayeg qui a recouvert la poignée de la porte de sa boutique de laine à Houston, aux États-Unis. La pratique s’est étendue dans le monde du Street Art, notamment en Europe de l’Est et en Angleterre. À Londres, a eu lieu la première aventure de tricot collectif, appelée “Knit the City” qui se traduit par “Tricote la ville”. Les créateurs de ce collectif attachent beaucoup d’importance à l’aspect revendicatif  du Yarnstorming et se considèrent comme artistes de rue au même titre que les graffeurs. 

Comme le graffiti, le yarn bombing reste une pratique illégale lorsqu’il ne s’agit pas d’une commande des autorités publiques.

Les installations

L’installation de rue est un nouveau style dans lequel les artistes utilisent des objets en trois dimensions et l’espace pour rehausser, interagir et interférer avec l’environnement urbain. Ces installations sont souvent créées pour être prises, déplacées par le public dans le cadre de la vie interactive de l’installation. Contrairement au graffiti, ces œuvres de rue sont généralement conçues d’une manière qu’aucun dommage ne soit causé à la propriété ou l’emplacement dans lequel l’installation est placée.

Nous pouvons citer l’artiste Tadashi Kawamata qui utilise le plus souvent des matériaux de récupération, ainsi que des objets issus de l’environnement tels que des chaises, des embarcations, des échafaudages. Ses interventions recréent des ponts entre le passé et le présent, elles révèlent la part affective, invisible des choses, mais également leur réalité matérielle. L’artiste Dan Colen réalise aussi des installations de rue. L’artiste utilise des Vélib’ et les enchevêtre. 

Les artistes qui réalisent des installations de rue s’inspirent de l’art conceptuel de Marcel Duchamp et de ses Readymades et posent alors la question de l’âme existante des objets.

En bref au sujet du Street-Art

À ce jour, le street art est reconnu comme faisant partie de l’art contemporain. Il s’inspire et reflète la société. Cet art est « gratuit », éphémère et le plus souvent semi-anonyme. En plus de prôner une vision commune du monde, il espère également que ses petites actions peuvent faire changer les choses. Cet art transgressif interroge sans arrêt, en pointant notamment les interdits. Sa visée dénonciatrice, ses illustrations réelles ou imaginaires peintes souvent à la bombe, ses couleurs vives ainsi que son but d’utiliser des éléments urbains ou naturels sont repris et regardés sous de nouvelles formes et techniques telles que la peinture murale, le Yarn Bombing et pleins d’autres… Par ces nouvelles pratiques, le street art est élargi et réinventé.


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